«Pouding chômeur»… ou LinkedIn et le nouveau ‘village global’

La propriétaire du café pose l’assiette devant moi ainsi qu’un allongé. Je regarde le dessert et pars à rire; c’est un pouding chômeur…!

C’est que depuis déjà trois mois, je n’ai pas d’emploi – ou correction -, mon emploi est celui de chercheur d’emploi à temps plein.

Comme avant, je me lève le matin, déjeune et aide mes deux enfants à se préparer pour aller à la garderie. Après les avoir déposé, je rentre chez moi et m’installe à la table de cuisine avec quelques bouquins et mon ordinateur portable. (J’ai un bureau au salon mais je préfère baigner dans la lumière du jour qui illumine la cuisine.)

J’ai travaillé cinq ans et des poussières pour mon dernier employeur. Un jour, on m’a convoqué pour une réunion informelle et on m’a annoncé sans détour (et sans issu de secours) que mon poste avait été éliminé et qu’on me montrait gentiment la porte en me remerciant de mes services. La surprise a été totale. Je suis sorti du bureau en état de choc, comme heurté par un autobus en traversant la rue. J’étais tellement investi dans certains dossiers que je me sentais comme l’astronaute à qui on annonce d’une voix lointaine que la mission a été avortée et qu’il faut tout arrêter et redescendre sur terre. Assis à mon bureau, j’ai dû me rendre à l’évidence que ma vie venait de prendre un tournant décisif. Déjà dans mon esprit, je comptabilisais les ramifications de cette décision administrative sur ma vie et celle de ma petite famille.

La « game » a changé

On nous le martèle dans les oreilles que le marché du travail n’est plus ce qu’il était. La génération de travailleurs qui nous a précédée pouvait s’attendre à œuvrer pour un même employeur durant toute sa vie, maintenant ce sont la flexibilité et la polyvalence qui prônent.

Moi je suis issu d’un milieu rural où les valeurs sont restées les mêmes. Avant d’arriver en ville, je naviguais dans des eaux connues ou ton CV se résumait à ton nom de famille et la réputation de cette famille. Dans une métropole, le responsable des ressources humaines reçoit des centaines de CVs de la part de parfaits inconnus qu’ils doivent trier rapidement pour trouver LE candidat parfait.

De nos jours, la recherche d’emploi ressemble donc davantage à un sport de haut niveau. Comme au hockey, les athlètes qui se démarquent sont invités à un camp d’entraînement où ils chercheront à se valoriser aux dépens des autres concurrents, convaincre par leur talent et leurs compétences.

Et ce n’est pas assez d’être doué, encore faut-il savoir bien se présenter et ne pas succomber à la nervosité engendrée par ce processus (mini-procès diront certains) où des étrangers jugent de votre valeur marchande, de vos qualités, de votre potentiel et de la rentabilité qui accompagnerait votre embauche.

Le village digital

La majorité des employeurs y ont une page d’entreprise. Lorsqu’un recruteur reçoit ton CV, il fait passer votre nom dans un moteur de recherche  en quête de vos empreintes ‘digitales’, votre site Facebook, Twitter, LinkedIn, Instagram, votre présence – ou absence – dans des articles ou des événements médiatisés et toute autre référence publique qui vous aurait mérité une mention dans le monde des internautes. Invariablement, l’employeur ira jeter un coup d’œil sur votre profil LinkedIn.

Alors vous avez intérêt à avoir fait vos devoirs.

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